Un collier antipuces contient forcément un insecticide — c’est son principe actif — mais pas celui dont on a beaucoup parlé : au 4 septembre 2026, aucun des 67 colliers antiparasitaires autorisés en France ne contient d’acétamipride, et le sénateur qui l’affirmait a reconnu la veille avoir « fait une fake news ». En revanche, la moitié de ces colliers contient bien un néonicotinoïde — un autre : l’imidaclopride. Et le risque le mieux documenté par l’agence sanitaire ne concerne pas votre chien, mais le chat qui vit avec lui.
En bref
- 0 sur 3 230 : aucun médicament vétérinaire autorisé en France ne contient d’acétamipride, vérification faite dans l’index officiel des RCP le 4 septembre 2026.
- 67 colliers médicamenteux autorisés, reposant sur trois principes actifs seulement.
- Tort sur la molécule, juste sur la famille : l’imidaclopride est un néonicotinoïde.
- Le vrai risque de terrain : la perméthrine des antipuces pour chien est toxique pour le chat.
Cet article est une vérification d’information, pas un avis vétérinaire. Il ne contient aucune posologie ni recommandation de traitement : le choix d’un antiparasitaire revient à votre vétérinaire.
Ce que le sénateur a dit, et ce qu’il a reconnu #
Dans Complément d’enquête — numéro « Pesticides : au cœur du champ de bataille », diffusé sur France 2 le 3 septembre 2026 —, le sénateur d’Indre-et-Loire Vincent Louault (Horizons), agriculteur et cosignataire de la loi Duplomb, est confronté à une affirmation qu’il avait portée dans l’hémicycle : l’acétamipride serait « partout dans votre maison, dans le « Stop Insectes », dans le collier à chien, tout ça… ».
Face à la journaliste, il ne se dérobe pas : « Quand je fais un raccourci sur la famille des néonicotinoïdes pour vous sensibiliser sur le fait que dans le collier à chien et chat, il y a bien des néonicotinoïdes ou des molécules aussi dangereuses que l’acétamipride, oui je fais une fake news. […] Oui, j’ai simplifié un peu trop. Je m’en excuse. Mais j’assume. » La même affirmation avait été reprise en mai 2025 sur franceinfo par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. L’ANSES a répondu par écrit à l’émission : la molécule « n’a jamais été autorisée pour l’usage vétérinaire, ni « en France, ni en Europe » ».
Ce que contiennent vraiment les colliers vendus en France #
L’index des résumés des caractéristiques du produit (RCP) de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV, au sein de l’ANSES) recense les médicaments vétérinaires autorisés en France. Nous l’avons dépouillé intégralement le 4 septembre 2026, jour de sa dernière mise à jour : 3 230 médicaments, dont 67 colliers médicamenteux — 51 pour le chien, 16 pour le chat. Aucun ne contient d’acétamipride ; aucun médicament de la base n’en contient, quelle que soit sa forme.
| Principe actif | Colliers | Espèces | Exemple sourcé (n° d’AMM) |
|---|---|---|---|
| Imidaclopride + fluméthrine | 33 | 22 chien, 11 chat | SERESTO, Elanco, FR/V/1111378 0/2011 |
| Deltaméthrine | 19 | chien uniquement | SCALIBOR, Intervet, FR/V/4981484 6/1997 |
| Dimpylate (ou diazinon) | 15 | 10 chien, 5 chat | COLLIER DIMPYLATE CHIEN BEAPHAR, FR/V/3196894 8/1984 |
Trois molécules, pas une de plus — alors qu’une même formule imidaclopride + fluméthrine se retrouve sous une dizaine de noms commerciaux. D’où un réflexe utile : le nom de la substance active, sur la notice, en dit plus que le nom sur la boîte. Ces produits sont cités comme illustration factuelle d’une composition officielle, pas comme un conseil d’achat.
Le néonicotinoïde qui, lui, est bien là #
C’est le point que le débat public a écrasé. L’acétamipride est absente des colliers, mais l’imidaclopride, présente dans 33 des 67 colliers, appartient bien à la famille des néonicotinoïdes — comme la clothianidine, le thiaclopride ou le thiaméthoxame. L’affirmation était fausse sur la molécule ; la famille chimique visée, elle, est bien présente. D’où la confusion : un médicament vétérinaire relève d’une AMM délivrée par l’ANMV, avec RCP public et pharmacovigilance ; un pesticide agricole relève d’un régime entièrement distinct.
Le vrai danger, celui que beaucoup de maîtres ignorent : le chat #
Si un risque mérite l’attention des propriétaires, c’est la perméthrine — qu’on ne trouve dans aucun collier, mais dans les pipettes, sprays et shampooings pour chien. Ce n’est pas une interprétation : c’est écrit dans les notices. Le RCP d’un antiparasitaire pour grand chien indique, à la rubrique des précautions d’emploi : « Ne pas utiliser chez les chats. Ce médicament vétérinaire est extrêmement dangereux chez les chats et peut être létal, étant donné la physiologie particulière des chats et leur incapacité à métaboliser certains composés comme la perméthrine. » L’ANSES décrit les mêmes effets : troubles neurologiques (tremblements, convulsions, ataxie, coma), parfois digestifs, « pouvant être mortels ». Avec les formulations concentrées, « quelques gouttes sur la peau ou léchées peuvent suffire ».
Et le phénomène ne s’éteint pas. L’agence a publié deux bilans successifs de pharmacovigilance :
| Période | Déclarations chez le chat | Cas graves | Décès |
|---|---|---|---|
| Janvier 2019 – décembre 2020 | 179 | 67 | 5 |
| Janvier 2021 – décembre 2022 | 143 | 58 | 5 |
Les déclarations reculent, le nombre de morts non : cinq chats sur chaque période, malgré une contre-indication imprimée sur chaque emballage. Le piège n’est pas seulement de traiter un chat avec un produit pour chien : c’est le foyer mixte, le chat qui se frotte au chien fraîchement traité ou qui le lèche. L’ANSES recommande de « tenir les chiens traités à l’écart des chats jusqu’à ce que le site d’application […] soit sec » et, en cas d’exposition accidentelle, de demander rapidement conseil à un vétérinaire. Si un chat vient d’arriver chez vous — les refuges débordent de chatons cette rentrée —, c’est le moment de regarder ce que porte déjà le chien.
Les précautions d’usage, telles que l’agence les écrit #
Dans une note de septembre 2022, l’ANSES-ANMV dresse le bilan réel des effets indésirables des antiparasitaires externes : la grande majorité sont des troubles cutanés (prurit, alopécie, inflammation) au site d’application. Les réactions graves « restent très rares », mais l’agence note deux constantes : elles sont plus fréquentes chez les animaux de petit gabarit, et un mésusage en est souvent à l’origine — non-respect de l’espèce cible, du poids ou de l’âge.
Un point concerne directement les colliers et reste rarement lu : l’agence recommande de ne pas laisser les animaux traités dormir avec leurs propriétaires, en particulier les enfants, « surtout […] si l’animal est traité avec un médicament à libération prolongée de type collier ».
L’avertissement a un précédent : l’ANSES et l’ANMV avaient fait suspendre ou radier les autorisations de 76 colliers antiparasitaires au dimpylate, tétrachlorvinphos ou propoxur, un danger potentiel ayant été mis en évidence pour les enfants en cas de contacts prolongés et répétés (décision relayée le 29 janvier 2013 par l’agence belge des médicaments). Le tétrachlorvinphos et le propoxur ont disparu de l’index français ; le dimpylate y figure toujours, sur des fiches portant la mention « AMM illimitée ». Faute de document officiel expliquant cette situation, nous ne pouvons pas dire si ces colliers sont aujourd’hui commercialisés, et nous ne l’affirmons pas.
Et l’acétamipride, alors ? #
Absente du vétérinaire, elle existe ailleurs. Interdite d’usage agricole en France, elle reste approuvée au niveau européen comme substance phytopharmaceutique jusqu’au 28 février 2033 et comme biocide jusqu’au 31 janvier 2027 — le règlement (UE) 2018/1129 la classant parmi les « substances dont la substitution est envisagée », l’ECHA ayant conclu qu’elle remplit les critères d’une substance très persistante et toxique. En mai 2025, franceinfo relevait que 261 des 1 235 biocides insecticides grand public en contenaient — mais moins de 1 % des plus de 40 000 biocides répertoriés.
Le débat agricole, lui, se joue ailleurs : par sa décision n° 2026-914 DC du 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a validé, sous réserves d’interprétation, la dérogation prévue par la loi d’urgence agricole pour certains produits phytopharmaceutiques contenant deux substances néonicotinoïdes. Rien, dans ce texte, ne concerne le collier de votre chien.
Questions fréquentes #
Comment savoir ce que contient le collier que j’ai acheté ?
La substance active figure sur l’emballage et sur la notice. Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de chaque médicament vétérinaire autorisé en France est aussi consultable gratuitement sur l’index public de l’ANMV.
Un collier au néonicotinoïde est-il dangereux pour mon chien ?
Un médicament vétérinaire autorisé a fait l’objet d’une évaluation du rapport bénéfice/risque pour l’espèce visée, et ses effets indésirables sont suivis en continu. L’ANSES rappelle que les réactions graves restent très rares et sont souvent liées à un mésusage. Le produit adapté à votre animal se choisit avec votre vétérinaire.
Je vis avec un chien et un chat : que dois-je surveiller en priorité ?
La perméthrine, contenue dans plusieurs antiparasitaires pour chien, est toxique pour le chat. L’ANSES recommande de ne jamais traiter un chat avec un produit destiné au chien et de séparer les deux animaux jusqu’à ce que le site d’application soit sec, puis de contacter rapidement un vétérinaire en cas d’exposition accidentelle.
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À retenir #
- L’affirmation « il y a de l’acétamipride dans les colliers antipuces » est fausse, et son auteur l’a reconnu le 3 septembre 2026.
- Index officiel : 0 acétamipride sur 3 230 médicaments vétérinaires, et trois molécules seulement dans les 67 colliers autorisés — dont l’imidaclopride, un néonicotinoïde, présent dans 33 d’entre eux.
- À connaître absolument : la perméthrine pour chien peut être létale pour le chat — 5 décès déclarés sur 2019-2020, 5 encore sur 2021-2022.
- Précaution officielle peu connue : ne pas laisser un enfant dormir avec un animal portant un collier à libération prolongée.
Pour le rythme des traitements : vermifuge et antipuces, à quelle fréquence traiter son chien ; et pour le quotidien, notre guide pratique pour bien s’occuper de son chien.
Sources #
- Index des RCP de l’ANSES-ANMV — dépouillement intégral au 4 septembre 2026.
- franceinfo, l’itinéraire d’une fake news, 3 septembre 2026.
- franceinfo, Le vrai du faux sur l’acétamipride, 27 mai 2025.
- ANSES, « Ne traitez pas votre chat avec un antiparasitaire pour chien », 20 juin 2023.
- ANSES, même document, version du 5 mai 2021 (chiffres 2019-2020).
- ANSES-ANMV, effets indésirables des antiparasitaires externes, septembre 2022.
- Règlement (UE) 2018/1129 — acétamipride, substance biocide.
- AFMPS, 76 colliers antiparasitaires suspendus ou radiés en France, 29 janvier 2013.
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-914 DC, 14 août 2026.
Plan de l'article
- Ce que le sénateur a dit, et ce qu’il a reconnu
- Ce que contiennent vraiment les colliers vendus en France
- Le néonicotinoïde qui, lui, est bien là
- Le vrai danger, celui que beaucoup de maîtres ignorent : le chat
- Les précautions d’usage, telles que l’agence les écrit
- Et l’acétamipride, alors ?
- Questions fréquentes
- À retenir
- Sources