La Corée du Sud a voté en janvier 2024 une loi qui met fin à l’élevage, à l’abattage et à la vente de chiens destinés à l’alimentation. Trois ans plus tard, le texte n’est toujours pas pleinement applicable : il n’entre en vigueur qu’en février 2027, et des centaines de milliers de chiens attendent encore dans les élevages ce que la loi prévoit pour eux.
- Adoptée le 9 janvier 2024 · applicable en février 2027
- Jusqu’à 3 ans de prison pour l’élevage ou l’abattage, 2 ans pour la vente
- Le dernier recensement officiel public (février 2022) comptait 521 121 chiens dans 1 156 élevages
- Le ministère de l’Agriculture s’est engagé à faire replacer « près d’un demi-million » de chiens
Ce que dit exactement la loi de 2024 #
Le texte adopté le 9 janvier 2024 est une loi spéciale, et non un simple amendement à la loi de protection animale. Il vise la filière, pas l’assiette : ce sont l’élevage, l’abattage, la transformation et la distribution qui deviennent des infractions. La consommation par un particulier, elle, n’est pas pénalisée — une nuance systématiquement écrasée dans les reprises de l’information, et qui explique pourquoi certains restaurateurs ont continué leur activité après le vote.
Les sanctions prévues
Selon le texte voté et repris par la presse coréenne et internationale, élever ou abattre un chien à des fins alimentaires expose à trois ans d’emprisonnement au maximum, ou à une amende pouvant atteindre 30 millions de wons (environ 22 800 dollars au cours de janvier 2024). Distribuer ou vendre de la viande canine expose à deux ans de prison au plus, ou à 20 millions de wons d’amende. Ces peines ne sont pas encore opposables : elles s’activent avec l’entrée en vigueur.
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Un calendrier en deux temps
C’est le point le plus souvent confondu. Date d’adoption et date d’application ne coïncident pas. Le vote date de janvier 2024 ; le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales (MAFRA) confirme sur sa page consacrée à la fin de la consommation canine que l’entrée en vigueur est fixée à février 2027. Ce délai de trois ans a été négocié pour laisser aux professionnels le temps de se reconvertir. Il a aussi une conséquence directe : chaque mois qui passe est un mois pendant lequel des animaux naissent encore dans des élevages qui devront fermer.
D’où vient le chiffre de 500 000 chiens #
Ce nombre circule partout, rarement avec sa source. Il en a pourtant une, et elle est officielle. En 2022, le ministère coréen a publié sa première enquête sur l’élevage et la distribution de chiens destinés à l’alimentation. Arrêtée à février 2022, elle dénombrait 521 121 chiens répartis dans 1 156 élevages, et 388 000 chiens consommés chaque année dans 1 666 restaurants. C’est de ce recensement, arrondi, que vient le « demi-million ». Le gouvernement l’a lui-même repris en annonçant qu’il aiderait à replacer « près d’un demi-million » d’animaux dans le cadre de la sortie de filière.
Deux précautions s’imposent donc. D’abord, il s’agit d’un état des lieux d’avant la loi, pas d’un compteur en temps réel : présenter 500 000 comme le nombre d’animaux encore détenus aujourd’hui revient à figer une photo de 2022. Ensuite, aucun décompte public et vérifiable du cheptel restant n’est publié à ce jour — ni le nombre exact de fermes déjà fermées. Les chiffres avancés ici et là sur ce point ne sont adossés à aucune source consultable, et nous avons choisi de ne pas les reprendre.
| Donnée officielle | Valeur | Date de référence |
|---|---|---|
| Chiens détenus en élevage | 521 121 | Enquête MAFRA, février 2022 |
| Élevages recensés | 1 156 | Enquête MAFRA, février 2022 |
| Restaurants concernés | 1 666 | Enquête MAFRA, février 2022 |
| Chiens consommés par an | 388 000 | Enquête MAFRA, février 2022 |
| Établissements de la filière déclarés | environ 5 600 | Déclaration obligatoire, mai 2024 |
Où en est l’application de la loi #
Le ministère a publié en septembre 2024 une feuille de route dite « 2027 » qui fixe les étapes de la sortie de filière : déclaration obligatoire des établissements, dépôt d’un plan de fermeture ou de reconversion, puis accompagnement financier. Environ 5 600 établissements — élevages, abattoirs, distributeurs et restaurants confondus — se sont déclarés au printemps 2024. Les dispositifs de soutien ont été complétés depuis, avec des aides à la fermeture et des prêts de reconversion professionnelle destinés aux éleveurs.
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Sur le terrain, la difficulté n’est pas juridique mais logistique. Un éleveur qui ferme doit trouver une destination pour ses animaux, et les structures d’accueil coréennes n’ont pas été dimensionnées pour absorber un cheptel de cette taille en trois ans. C’est le nœud du problème : la loi organise la fin d’une filière, elle n’organise pas mécaniquement le placement de chaque animal.
Ce que devient un chien sorti d’un élevage #
Les chiens issus de ces fermes sont majoritairement des nureongi, une population rustique de grande taille, ainsi que des races identifiées comme le tosa ou le jindo. Deux obstacles se cumulent à l’adoption. Le premier tient au format : un grand chien s’adopte plus difficilement qu’un petit, en Corée comme ailleurs. Le second tient au passé de l’animal : un chien né et grandi en cage n’a souvent connu ni sol plein, ni promenade, ni contact humain apaisé, et sa réhabilitation demande du temps et des connaissances que tous les adoptants n’ont pas.
C’est précisément le travail que mènent des organisations documentées de longue date. Humane World for Animals — le nouveau nom de Humane Society International — accompagne des éleveurs coréens depuis 2015 pour fermer leurs fermes et reloger les animaux, en documentant chaque fermeture. Korea Animal Rights Advocates (KARA), association coréenne, milite de son côté sur le terrain juridique et sur le placement. Une partie des chiens rescapés est confiée à des structures nord-américaines et européennes, faute de capacité d’accueil locale suffisante.
- La loi existe et elle a été votée à la quasi-unanimité, le 9 janvier 2024.
- Elle n’est pas encore applicable : les sanctions ne s’activent qu’en février 2027.
- Elle vise la production et la vente, pas le consommateur.
- Le chiffre de 500 000 vient du recensement officiel de février 2022 (521 121 chiens) ; il ne mesure pas l’effectif restant aujourd’hui.
- Aucun décompte public à jour des fermes fermées ou des chiens replacés n’est disponible — méfiez-vous des chiffres présentés sans source.
Questions fréquentes #
Manger de la viande de chien est-il puni en Corée du Sud ?
Pourquoi trois ans avant l’entrée en vigueur ?
Combien de chiens sont réellement encore détenus ?
Peut-on adopter un de ces chiens depuis la France ?
Ces chiens font-ils de bons chiens de famille ?
- Ministère coréen de l’Agriculture (MAFRA) — dossier « fin de la consommation canine » : entrée en vigueur février 2027, feuille de route, déclarations et aides.
- The Korea Times : détail du vote, peines encourues, chiffres du recensement.
- The Guardian et BBC News : couverture du vote du 9 janvier 2024.
- Humane World for Animals et KARA : fermeture des élevages et replacement des animaux.